TL;DR pour le DPO
Si un client reçoit une réclamation et que la tentation est de répondre « c'est une réclamation en série, il n'y a pas d'intérêt réel », cette décision montre que la voie est étroite : l'abus de droit doit être prouvé en deux composantes, objective et subjective, selon le test de la Cour de justice. À défaut, la réclamation doit être examinée au fond.
Ce qui s'est passé
La réclamation avait été déposée auprès de l'autorité autrichienne par l'organisation noyb pour le compte d'une personne physique et portait sur les bandeaux cookies du site de Vlaamse Radio- en Televisieomroeporganisatie (VRT), le radiodiffuseur public belge. L'autorité belge, en tant qu'autorité chef de file, a soumis un projet de décision classant la réclamation pour prétendu abus des art. 77 et 80, § 1, du RGPD. L'autorité autrichienne, autorité concernée, s'y est opposée : la réclamation ne devait pas être classée pour des motifs procéduraux mais tranchée au fond. L'autorité chef de file a choisi de ne pas suivre l'objection et a saisi le CEPD.
Ce qu'a décidé le CEPD
Le CEPD a jugé l'objection autrichienne pertinente et motivée au sens de l'art. 4, point 24, du RGPD et conforme à ses lignes directrices 09/2020, et l'a examinée au fond. Sur la base des informations disponibles et en appliquant le test de la Cour de justice relatif à l'abus de droit, il a conclu que le réclamant n'avait pas abusé de ses droits au titre des art. 77 et 80, § 1 : ni la composante objective ni la composante subjective nécessaires pour établir l'abus n'étaient démontrées. Il a donc enjoint à l'autorité chef de file de ne pas classer la réclamation, de l'examiner au fond et de soumettre un nouveau projet de décision aux autorités concernées au titre de l'art. 60, § 3.
Pourquoi cela intéresse un DPO
- Le classement pour abus de droit n'est pas un raccourci : deux composantes doivent être prouvées, ce n'est pas une appréciation d'opportunité
- Le fait qu'une réclamation passe par un organisme au titre de l'art. 80, § 1, ne la rend pas abusive en soi
- L'art. 65 est un mécanisme de règlement des litiges entre chef de file et autorités concernées : dans les affaires transfrontalières, la décision de l'autorité du pays du responsable n'est pas le dernier mot
- L'affaire est partie d'un bandeau cookies : le sujet reste sous surveillance dans toute l'Europe
Ce que je ferais avec les clients
- Dans la procédure de traitement des réclamations, supprimez toute formule du type « réclamation abusive » comme motif de clôture : si vous l'employez, elle doit être documentée avec les deux éléments de l'abus
- Si un client a un bandeau cookies où refuser coûte plus qu'accepter, c'est un signal de plus que le terrain n'est pas tranquille
- Si le client est un groupe dont l'établissement principal est dans un autre État membre, expliquez que l'autorité chef de file peut être désavouée : le fond doit être apprécié dès le départ
Vous cherchez un outil pour votre travail de DPO ?
DPO Workspace est conçu par un DPO certifié. 30 jours d'essai gratuit.
Commencer gratuitement