Toutes les actualités
Réglementation 24 août 2026 5 min

Même outil, même jour, règle différente : pourquoi les traceurs ne sont pas interdits à l'université

La CNIL a publié deux documents jumeaux sur les outils collaboratifs. Dans l'enseignement supérieur, l'interdiction des traceurs devient une recommandation, mais l'étudiant majeur reste une personne vulnérable

En bref

Deux documents, le même jour, la même matière. La différence porte sur les traceurs : interdits en principe à l'école, déconseillés à l'université. L'étudiant est majeur mais placé en situation de subordination, il reste donc une personne vulnérable au sens de l'AIPD et le consentement ne fonctionne toujours pas comme base légale.

La seule vraie différence

Dans le texte scolaire, la CNIL écrit que le responsable de traitement doit s'assurer que l'outil n'a pas recours à des traceurs publicitaires, « en principe interdits » au regard de la neutralité du service public de l'éducation, incluant la neutralité commerciale. S'il y en a, ils doivent être désactivés.

Dans le texte de l'enseignement supérieur, la même autorité, le même jour, « recommande de privilégier des outils qui n'impliquent pas, de la part du fournisseur, l'utilisation de traceurs ou de dispositifs de suivi à des fins d'exploitation publicitaire, de profilage ou de réutilisation commerciale des données ou pour lesquels de telles fonctionnalités peuvent être désactivées par l'établissement ». Elle recommande : elle n'interdit pas. Et le principe de neutralité du service public de l'éducation n'est pas invoqué.

Ce n'est pas un oubli. L'interdiction scolaire repose sur un principe qui concerne le service public de l'enseignement scolaire ; l'enseignement supérieur a son propre cadre. Pour un DPO, la conséquence pratique est concrète : la conclusion sur les traceurs rédigée dans l'AIPD d'un lycée ne se recopie pas dans celle d'une université, car la prémisse juridique n'est pas la même.

L'étudiant est majeur, et demeure vulnérable

Sur la vulnérabilité, la CNIL ne recule pas. Dans le texte universitaire, elle justifie la recommandation de protéger les données contre le risque de divulgation à des autorités de pays tiers précisément par « la vulnérabilité des personnes concernées (notamment les étudiants, placés dans une situation de subordination) ».

La subordination produit deux effets. Dans l'analyse de la base légale, elle écarte le consentement, qui doit être libre et non influencé par la position d'autorité du responsable de traitement : l'étudiant doit pouvoir refuser sans conséquences négatives, et il ne le peut pas. Dans l'analyse de l'AIPD, elle déclenche le critère des personnes vulnérables, exactement comme les mineurs.

Ce qui ne change pas

  • Base légale : exécution d'une mission d'intérêt public, pour les établissements publics comme privés.
  • Information concise, transparente, compréhensible et aisément accessible (articles 12, 13 et 14), disponible avant la mise en œuvre du traitement et reprise à chaque rentrée.
  • AIPD obligatoire dès deux critères du CEPD, et probable dans la majorité des cas.
  • Garanties du sous-traitant au titre de l'article 28 et contrat comportant les mentions obligatoires, y compris celles de fin de contrat sur la réversibilité et la suppression.
  • Transferts au titre du chapitre V, avec SecNumCloud cité en exemple de soumission exclusive au droit européen.

Ce qui manque à l'université

Deux éléments présents dans le texte scolaire n'apparaissent pas dans le texte universitaire : la référence à l'article L.131-2 du code de l'éducation, qui concerne le service public du numérique éducatif scolaire, et le décret n° 2025-1165 du 5 décembre 2025, qui encadre les choix techniques des collèges et lycées publics. Les universités restent libres de ce côté, et plus exposées de l'autre : le choix doit être motivé dans l'AIPD, non délégué au fournisseur.

L'erreur à ne pas commettre

Traiter les deux documents comme un seul. Ils sont jumeaux à quatre-vingts pour cent et divergent précisément là où se décide d'ordinaire l'achat : un outil comportant des traceurs publicitaires est-il admissible ? À l'école, la réponse est non. À l'université, c'est « mieux vaut pas, et s'il y en a, ils doivent pouvoir être désactivés ».

Source officielle:CNIL — Enseignement supérieur : les règles et bonnes pratiques pour utiliser des outils collaboratifs en ligne (24 août 2026)Source officielle:CNIL — Enseignement du premier et du second degrés : les règles et bonnes pratiques pour utiliser les outils collaboratifs en ligne (24 août 2026)

Vous cherchez un outil pour votre travail de DPO ?

DPO Workspace est conçu par un DPO certifié. 30 jours d'essai gratuit.

Commencer gratuitement

Articles connexes

Réglementation
26l'article que personne ne signe avant de diffuser

Qui répond de la diffusion en direct du match des moins de 14 ans ? La Suède répond à la question que personne ne pose

Le 25 août, l'autorité suédoise a publié un guide sur la diffusion du sport des jeunes. Beaucoup de clubs diffusent en ligne les matchs des enfants, et le guide indique les facteurs qui déterminent ce qui est permis. Mais la partie qui vaut la lecture est l'autre : la responsabilité quand la commune possède l'équipement et que le club veut y installer des caméras.

25 août 2026Nouveau 5 min
Réglementation
24mois au-delà desquels un incident ne s'utilise plus

Le score qui vous refuse un crédit peut être demandé, et il doit être expliqué

Le 19 août, la CNIL a traduit pour le public sa recommandation de mai 2026 sur l'évaluation de la solvabilité. On y trouve trois chiffres et un principe qui concernent quiconque pratique le scoring : vingt-quatre mois pour les incidents passés, six mois pour les données d'une demande refusée, et un droit d'accès au score qui ne se règle pas en invoquant le secret des affaires.

19 août 2026Nouveau 6 min
Réglementation
2critères du CEPD et l'AIPD devient obligatoire

À l'école les traceurs publicitaires sont interdits, et ce n'est pas une question de consentement

Le 24 août, la CNIL a publié les règles applicables aux espaces numériques de travail utilisés dans les établissements scolaires. Le point décisif n'est pas la protection des mineurs mais un principe de droit administratif : la neutralité du service public de l'éducation inclut la neutralité commerciale, de sorte que les traceurs à des fins publicitaires ou de profilage sont en principe interdits. Si l'outil en comporte, le responsable de traitement doit les désactiver.

24 août 2026Nouveau 6 min